ÉCRITS

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Lauréats Théophile Schuler et SAAMS 2016

” Félix Wysocki Apaiz, lauréat de la SAAMS, prépare des enquêtes à la manière d’un journaliste. Il choisit ses sujets, les étudie, les suit et les filme pour en extraire la matière graphique, la retravailler et la restituer en séries de gravures à la pointe sèche. J’y vois le fils naturel de Francisco de Goya.

C’est en grand reporter, l’inventeur de cette profession, qu’il nous livrait sa série des Désastres de la guerre, quatre vingt deux vues d’une violence bouleversante renversant l’image glorifiée de la peinture d’histoire. Certes ce n’est pas la même écriture mais le regard a cette même acuité, de la déshumanité marginale à l’horreur des champs de bataille, Goya, Wysocki, Mathern, les uns et les autres rendent compte en refusant toute complaisance.

Félix Wysocki joue de l’ombre et de la lumière en cinéaste. Du petit Léon, que je croyais caché sous son lit, on ne distingue qu’un morceau de visage alors que plus de la moitié de l’image est consacrée aux nuances oscillant du noir profond au noir d’encre. « Quand on est petit, notre chambre à coucher nous semble l’endroit le moins sûr du monde. C’est l’endroit où l’on doit dormir seul, la nuit, dans le noir. L’armoire est le refuge des monstres et sous le lit se cache toujours une menace ». C’est Donato Carrisi qui le dit, un romancier journaliste scénariste, ça devrait plaire à Félix.

Dans sa série Blackout, Wysocki s’est intéressé aux personnes en perte de conscience. Sont-elles abruties par la fatigue, le travail, la drogue ou l’alcool ? L’histoire ne le dit pas et, serait-ce pour y voir plus clair, Félix Wysocki a recherché une écriture totalement libre sur ses propres œuvres. Il l’a trouvée auprès de tout petits enfants. Armés d’une boite de feutres, ils les ont graphées en sur-imprimant des signes et taches incompréhensibles, suggérant avec une remarquable intuition le brouillard intérieur ou la vomissure de ces êtres dé-conscientisés…

Par  Emmanuel Honegger

Strasbourg 2016